La guerre de Cent Ans et les fortifications

En 1319, la ville est déjà ceinte de remparts.
En 1361, c’est la guerre de Cent Ans : la bastide subit les excès des troupes anglaises installées au château de Bar. Le 13 février 1362 Sauveterre passe au Roi d’Angleterre. Son représentant, Jehan Chandos, reçoit des mains du maréchal Boucicault les clés de la tour de Sauveterre (« Tor del rey »). Après la défaite de ses troupes à Compeyre (29 juin 1369) devant Jean d’Armagnac, le sénéchal anglais, Thomas de Wetenhale, se retire à Sauveterre avec les débris de son armée. En Rouergue, Sauveterre fut la dernière place anglaise à céder. Le départ de la garnison sera racheté à la fin de l’année 1369.
Les travaux menés aux fortifications pendant la période anglaise (échauguettes, hourdis, mâchicoulis, portes…) se poursuivent en 1372, 1374, 1377… Les consuls font renforcer le mur d’enceinte et les tours, obéissant aux injonctions du Duc d’Anjou. La longue période de paix (1380 - 1415) ne ralentit pas ce mouvement. La ville entretient ses fossés, lève des impôts, s’impose un service de guet et de garde…

L’essentiel du mur d’enceinte sera démoli dans la deuxième partie du XIX° siècle. Aujourd’hui, subsistent les deux portes sud (Saint-Christophe et Saint-Vital), la tour sud-est et un morceau du rempart à l'est, ainsi que plusieurs secteurs des douves qui ceinturaient la bastide et doublaient le rempart à l’extérieur.

La Porte Saint-Christophe

D’après Pierre-Marie MARLHIAC,
Sauveterre-de-Rouergue

La collégiale Saint-Christophe et la fraternité

L’église Saint-Christophe, tel un fil rouge, accompagne depuis son origine les bonheurs et les malheurs de la cité.

Son clocher est l’élément le plus ancien de la bastide ; il cumule deux fonctions, spirituelle, dans l’appel des fidèles, et stratégique, dans la surveillance et la défense de la bastide. En 1388, l’église, avec son cimetière (actuelle roseraie), est reconstruite à l’intérieur des remparts. Seul, le clocher est maintenu en place ; on peut voir, sur le mur oriental du clocher, l’ogive de la porte de la nef primitive.

En 1514, sous l’épiscopat de François d’Estaing, le nombre et l’importance des fondations pieuses justifient l’érection de la fraternité, composée de 25 prêtres, en collégiale.

Le clocher de Sauveterre

La peste et autres calamités

La peste est une vieille compagne de l’histoire locale. On la note en 1348, 1450, 1482-83, 1486, 1492, 1516, 1556-57. Le mal est endémique. En 1628, le bilan est terrible : 800 morts selon Pierre de Buisson, soit plus de la moitié de la population. Il n’est pas de famille épargnée. Dans Sauveterre, la promiscuité tue : « Le venin était si pestiféré qu’il ne demeura de sain que six personnes, deux couples de mariés et deux femmes sans point d’enfants ». La fraternité des prêtres est décimée : « de vingt-cinq qui restèrent dans la ville, vingt-quatre moururent ». La coutellerie alors en sursis se trouve en 1630 réduite à cinq artisans. Les autres corporations, chapellerie, cordonnerie, sont durement touchées. Il faudra plus d’une génération pour rendre à la cité une certaine stabilité démographique, mais la barre des mille habitants, dépassée au XVI° siècle, ne sera plus jamais atteinte.
A la peste succède la famine. C’est le cycle connu, suscité par le manque de bras, les terres non travaillées pendant l’épidémie, les conditions climatiques toujours défavorables. « L’an 1631, rapporte Pierre de Buisson, la plupart des pauvres étaient contraints de manger des racines, de la fougère, les orties et autres herbes sauvages… »
Les malheurs se poursuivirent : grande famine en 1635 et, pour finir, révolte des Croquants en 1643, motivée par le poids excessif de la fiscalité. Autour de Sauveterre, le peuple des campagnes se soulève en août 1643. Les villages voisins de Castelnau, Boussac, Colombiès, fournissent de forts contingents aux insurgés. Le 2 juin un millier de croquants entre dans Villefranche. En juillet, ils contraignent l’intendant à ramener les tailles à leur niveau de 1618 et exigent l’amnistie générale. Mais les chefs sont bientôt arrêtés par les troupes royales. Le 20 septembre, cinq mille croquants du Ségala assiègent à nouveau Villefranche. Devant le retour des troupes, les insurgés se dispersent. Le 8 octobre, les chefs emblématiques de la révolte sont roués vifs. La rébellion est matée, mais ses causes demeurent.
De l’état que livrent les consuls de 1670, on retient surtout, outre les « cent quatre vingt feux » dénombrés, le nombre important de « biens vacants » et de « maisons ruinées ».

D’après Pierre-Marie MARLHIAC,
Sauveterre-de-Rouergue

La Révolution et le district

En avril 1790, par suite du redécoupage administratif de la France, Sauveterre devient un des neuf chefs-lieux de district du nouveau département de l’Aveyron, ce qui révèle l’influence et l’habileté des notables locaux. Usant de leurs liens professionnels et parfois familiaux, ces « monsurs » vont faire de Sauveterre (815 habitants) le chef-lieu du Bas-Ségala qui regroupe 29 601 habitants. L’élite bourgeoise et modérée, déjà en place avant la Révolution, se fait élire au Directoire du district. Celui-ci est présidé par de Balsa de Colombiès. Jean-Antoine Delpech, désigné comme procureur-syndic, en est le bras exécutif et Antoine Mazuc le secrétaire. Barnabé Barnabé, régisseur du grenier à sel, devient maire de Sauveterre. Le 14 juillet 1790, les autorités locales organisent avec enthousiasme, voire grandiloquence, des réjouissances sur la place pour la Fête de la Confédération.
En mai 1791, les affiches pour la vente des biens nationaux sont confectionnées et la confiscation des biens du clergé devient réalité. Le 30 mai 1791, est constituée une Société des Amis de la Constitution, présidée par Jean-Antoine Delpech, accueillant par cooptation les bourgeois du district touchés par les « Lumières ». Mais dès la mi-juillet elle s’ouvre massivement à des membres de condition plus modeste. Insensiblement, le mouvement populaire s’organise.
Lors des massacres de septembre 1792 à Paris, le sauveterrat Pierre Jean Garrigues, prêtre et docteur en Sorbonne, est exécuté. En décembre 1793, l’accélération du processus révolutionnaire et la redistribution des rôles se concrétisent par l’organisation des Comités de Surveillance de district et de commune. Mais c’est d’abord dans les sociétés de Sans-Culottes que se regroupent les hommes les plus « avancés ». Cette radicalisation entraîne la mainmise sur les institutions locales des gagne-petit. Dans tout le district, les persécutions anticléricales s’accentuent. Le 12 octobre 1794, Pierre Dalmayrac, curé de Castelnau, sera l’un des derniers prêtres guillotinés à Rodez.
La fin de la Terreur et la chute de Robespierre vont amener la constitution de Comités Révolutionnaires de district et de commune en octobre 1794, remplaçant les Comités de Surveillance. A l’échelon de l’Administration de district, Sauveterre reste bien représentée avec trois membres sur douze. Mais le pouvoir échappe peu à peu au Comité.
Au printemps 1795, les Comités Révolutionnaires sont supprimés, puis vient le tour de la Société Populaire. En juillet les anciens prêtres, Boyer, Mazières et Cayre, célèbrent une messe. Dans les mois qui suivent, les anciennes élites font leur retour aux « affaires ». L’apaisement de la situation politique et le retour à la norme imposée par le Directoire vont sonner le glas des ambitions du bourg et le faire rentrer dans le rang. Sauveterre redevient simple chef-lieu de canton.

D’après Bernard ALARY,
Sauveterre-de-Rouergue